Visite d'un député de l'Essonne à Villarceaux 23/10/2009

Publié le par Intercentre CFE-CGC Alcatel-Lucent

Ce vendredi ( 23/10 ) à l'invitation de l'Intersyndicale un député de l'Essonne s'est rendu sur le site de Villarceaux voici les réflexions que cette visite lui a inspiré :

"Alcatel-Lucent : vers le mai 40 de l’industrie française des télécommunications ?

J’étais invité ce matin par le Comité d’Entreprise de la société Alcatel Lucent, le dernier équipementier de télécom français (10 000 salariés dans notre pays, sur un total de 70 000 dans le monde pour un chiffre d’affaire de 16 milliards d’euros).

J’ai été reçu sur le site de Nozay en Essonne, successivement par la direction, les délégués syndicaux et le personnel. ...

La problématique est simple. Cette entreprise en est à son 4ème plan de restructuration alors même qu’elle est l’une des cinq premières du monde dans un domaine clé, l’avenir des télécom (Internet, développement du mobile, réseau haut débit). Elle doit affronter deux types de concurrents : ses adversaires traditionnels d’un côté, Ericsson, Nokia, Siemens, et de l’autre les nouveaux venus comme les deux entreprises chinoises Huawei ou ZTE.

Face à ses deux rivales traditionnelles, la règle du jeu est claire et la direction comme le personnel ont le sentiment que le combat est à armes égales. En revanche, l’arrivée des deux géants chinois menace de mort l’un des secteurs stratégiques de notre pays. Opacité des financements, sous-évaluation de la monnaie chinoise, protectionnisme déguisé, dumping social permanent, la menace est réelle face à des opérateurs téléphoniques privatisés qui cherchent désormais le moindre coût dans leurs équipements, et ont donc tendance à se tourner vers des matériels chinois.

Les fabricants comme Alcatel Lucent se concentrent de plus en plus sur la recherche développement, vendent leurs usines et délocalisent. Même si la direction s’en défend, insistant sur la valeur des pôles de recherche français, les salariés que j’ai rencontrés ont le sentiment d’être condamnés à mort.

Un chercheur me disait : « j’ai 36 ans et je fais toujours partie des plus jeunes. Si l’entreprise croyait vraiment en nous, elle recruterait des jeunes chercheurs, ce qu’elle ne fait pas ». Quand j’ai demandé au Président Directeur Général ce qui lui manquait le plus, sa réponse a été claire. Ce n’était ni la baisse de la taxe professionnelle, ni un avantage immédiat mais un plan d’investissement pour le haut débit qui comporte un suivi industriel pour la fourniture des équipements.

En un mot, si la France investit des milliards dans le réseau pour irriguer le territoire national et que tout est fabriqué et même pensé en Chine, ce sera la fin du secteur. Nortel et Motorola viennent déjà de sombrer.

La France est-elle encore capable de mettre en œuvre cette politique industrielle ? Telle est la question essentielle…

Mais au-delà, c’est bien l’incapacité de l’Europe à défendre ses intérêts qui a été pointée du doigt par tous les acteurs (euro surévalué et frontières passoires).

J’ai rencontré des chercheurs, des innovateurs de grande qualité mais, tous ont le sentiment que le sol se dérobe sous leurs pieds, que le pouvoir politique n’a plus aucune prise sur rien, comme si la France et l’Europe perdaient la bataille industrielle sans même que leurs chefs veuillent la livrer. Tout ceci ne rappelle-t-il pas une autre « étrange défaite », qui vit en mai 1940 la tragique défaillance, morale et intellectuelle, du haut commandement français, tétanisé face à une déferlante blindée et aérienne à laquelle il n’avait pas voulu croire, malgré de multiples mises en garde ?

Il n’est pourtant pas trop tard pour Alcatel, dont les innovations technologiques demeurent parmi les meilleures au monde… Mais quand le pouvoir politique réagira-t-il vraiment, au besoin en sécurisant les activités et les emplois en prenant une participation directe au capital de l’entreprise ?"

 

Vous pouvez trouver des réactions sur son site internet que nous ne référençons pas pour des raisons d'indépendance entre les organisations syndicales et les partis politiques.

 

 

Publié dans Site de Villarceaux

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